Je suis très honoré et très touché de la confiance que m’accorde S.O.S Amitié en me proposant aujourd’hui d’être le parrain de l’Association. Que représente pour moi S.O.S Amitié ?
Je dirais tout d’abord que c’est l’hospitalité par excellence. C’est le rendez-vous des valeurs qui fondent toute dignité humaine.
À mon sens, il n’y a pas de vie sans solidarité, comme il n’y a pas de connaissance sans écoute, ni de partage sans humilité. La solidarité est à la base de toutes les grandes entreprises humaines, qu’elles soient industrielles, scientifiques, artistiques ou autre .
L’Écoute est sans doute l’une des valeurs qui est aujourd’hui la moins visible, la moins mise en avant, et on peut bien sûr le regretter. Et pourtant, sans écoute préalable, il n’y a pas d’action légitime, il n’y a pas d’action ni de parole qui aient une véritable force, un véritable sens.
Il faut donner à l’écoute une authentique reconnaissance.
Il faut en faire une authentique culture.
Ecouter, c’est prendre le temps de regarder ce qu’on ne voit pas avec les yeux.
C’est le travail que réalise, depuis 50 ans, S.O.S Amitié. Ce sont ces valeurs de solidarité et de dignité que j’ai acceptées de porter en tant que parrain.
J’y mettrai toute mon énergie et ma sincérité.
Dans une société à majorité urbaine, les agriculteurs sont isolés sur leur territoire et dans leur travail. La rupture, de plus en plus importante, engendre une détresse morale qui devient insupportable : il y a 400 suicides d’agriculteurs par an. C’est le groupe socioprofessionnel dont le risque est le plus grand.
Pour briser la spirale de la solitude, La Mutuelle Sociale Agricole s’est engagée à mieux connaitre cette réalité – un groupe d’étude vient d’être constitué pour ce faire -, à mettre en place une structure d’écoute, dont S.O.S Amitié fait partie, à créer des espaces de prévention dans les M.S.A pour repérer les agriculteurs les plus fragiles et éviter les récidives. Cela sera mis en place courant 2012.
Il est essentiel de devancer pour que tous ces suicidés ne soient pas morts pour rien.
L’exposé s’intitule : Grandeur de la solitude – misère de l’isolement.
La solitude est le fait d’être seul à être soi. Elle touche à notre vie intérieure. C’est notre part de secret, de mystère, qui doit être « joyeusement assumée ». On nait seul, on vit seul, on souffre seul, on meurt seul.
Il y a un moment où l’on sort de l’amour-fusion ; il n’y a d’amour vrai que lorsqu’on accède à la solitude.
Mais l’isolement, qui est absence de relations avec autrui, est une souffrance, parce que l’homme est un être de désir et de parole. Cet isolement est plus fréquent et plus grave aujourd’hui du fait de l’urbanisation, de la désertification des campagnes, de la fragilisation des couples et de la crise économique.
On peut lutter contre cet isolement par la parole, en prenant le temps d’écouter, en refusant le règne exclusif du virtuel mais aussi en acceptant la solitude. E.M Rilke a écrit : « il faut se tenir au difficile, et aimer est difficile ».
A la suite d’une recherche centrée sur « les solitudes », recherche qui a donné lieu à quatre cents entretiens et sept cents récits d’expériences de solitude, Marie-Noëlle Schurmans a mené une réflexion qui l’a conduite à plusieurs conclusions.
Le stéréotype du manque domine dans nos représentations et dans les travaux sociologiques, mais cela ne permet pas d’aborder la complexité de la situation.
Sur dix expériences de solitude, deux sont le fruit du hasard, quatre sont imposées par soi-même et donc désirées – elles constituent un RETRAIT – quatre sont imposées par autrui et vécues comme un REJET. Dans de nombreuses expériences de solitude, il y a de la souffrance, même dans les cas de retrait.
Mais il y a une évolution dans le temps. L’expérience de solitude est une ressource pour maitriser une solitude qui s’impose et pour participer aux échanges sociaux et à leur rééquilibrage. La solitude est une histoire qui s’inscrit dans un parcours.
Le Docteur Laplante dresse un état des lieux des « maux de la terre » qui affectent le monde rural et agricole, termes qui recouvrent une immense diversité de métiers, situations particulières, disparités de revenus …
Ces disparités ne sauraient masquer les communes difficultés qui font qu’on peut déplorer chaque année en France 400 suicides d’agriculteurs.
Les agriculteurs, dans notre monde urbanisé, sont confrontés à la solitude, à la précarité, au poids des transmissions familiales, à la disparition de secteurs entiers de l’agriculture décidée par des choix politiques sur lesquels ils ont peu de prise, à la complexité de métiers où il faut être à la fois spécialiste de la terre, gestionnaire, mécanicien… et à la dégradation de leur image dans l’imaginaire populaire.
Ils vivent mal aussi le « choc des cultures » avec un monde urbain qu’ils ressentent comme tourné essentiellement vers les loisirs et l’argent.
Pour changer les choses la MSA essaie d’imaginer des actions non univoques pour répondre aux besoins des différents acteurs du monde agricole. Mais, au-delà de ces actions nécessaires, il est essentiel que la société toute entière s’interroge : quelle agriculture voulons-nous pour l’avenir ?
Comment faut-il repenser le monde agricole ?
L’exposé s’intitule : « La communication des émotions face aux nouvelles technologies »
Pour le professeur R. Jouvent, auteur du Cerveau Magicien (Ed. Odile jacob) l’usage des nouvelles technologies pour communiquer les émotions représente, pour le cerveau humain, une véritable révolution.
L’homme est double : il possède enfoui dans la masse cérébrale, une partie archaïque – « le lézard en nous » – siège de nos émotions, sentiments, facultés d’imagination qui témoigne que le vivant, l’émotion, sont antérieurs au langage. Cette partie, comme le noyau d’un fruit, ne grandit plus.
Mais autour de ce noyau, un cerveau « ordinateur » continue d’évoluer, de grandir, de s’adapter avec plasticité aux nouveaux environnements.
L’usage des nouvelles technologies fait appel à ce cerveau en évolution mais pas aux capacités empathiques de son cerveau primitif. L’homme du futur va t-il donc se couper du centre de ses émotions, de ce qui l’a jusqu’à présent « humanisé » ou va t-il pouvoir réconcilier ses « deux cerveaux » en réintroduisant de l’émotion dans le virtuel ? C’est le défi qui attend les hommes de demain.
Quelle est l’influence sur le quotidien et les codes sociaux de ces nouvelles technologies de communication (tchat, texto, réseaux sociaux, …)
Pour Mariette Darrigrand, sémiologue ces nouvelles technologies répondent à un besoin d’utopie, de rêve de contacts entre les humains quelles que soient les frontières, les âges, les ethnies. Elles activent le désir de relation entre soi et le monde.
Ce procédé stimule en nous une zone animale essentielle, archaïque, qui, au-delà de la fragilité dans laquelle nous nous sentons, nous permet de sentir que nous sommes là, tous ensemble, reliés les uns aux autres.
« Allo t‘es là, t’es où ? » est le sésame de ce besoin de contact. C’est un mode de communication qui se situe entre l’écrit et l’oral.
Olivier Mathiot, directeur le la communication de Price Minister souligne que cette boulimie de communication est corrélée à une rupture entre générations.
Autrefois les parents régulaient le temps de télévision pour leurs enfants.
Aujourd’hui, sans bien comprendre ces techniques de communication, ils tentent de réguler le temps de connexion.
Sur les blogs les scripteurs passent plus de temps que les lecteurs. Ce mode d’expression rejoint donc le journal intime, élaborateur de pensée. Cette communication rapide redonne sa chance à la démocratie avec une obligation de dire la vérité. Car les mensonges sont très vite démasqués.
Par ailleurs il n’est pas exact de dire que ces nouvelles technologies déstructurent les organisations : les réseaux sociaux ont leurs leaders et leurs codes.
Pour Katel Quidelleur, psychanalyste et écoutante à Parentel, les nouvelles technologies ouvrent le passage de l’enfance à l’âge adulte n’influencent pas de façon très différente les psychismes.
Les jeux vidéo s’appuient sur des mythes fondamentaux avec des super héros salvateurs. Les adolescents, confinés dans leur chambre car ils se déplacent moins qu’auparavant, construisent leur être social dans le virtuel. Ils n’investissent pas le réel et cela peut les maintenir dans une impuissance sociale.
L’apprentissage de la distanciation est nécessaire pour réguler des impulsivités parfois violentes, car il n’y a plus la représentation de l’action avant l’action comme dans la vie réelle, et ce fonctionnement pulsionnel peut être ravageur pour la construction psychique des ados. Diffuser sur internet la photo d’une amie dans une situation embarrassante peut avoir des conséquences dramatiques. De même le contenu d’un blog échappe très vite à son auteur et peut le frustrer car chacun s’en empare à sa guise.
Mais il ne faut pas pour autant diaboliser l’outil qui peut être l’occasion d’un dialogue entre générations : quand des jeunes vont dans une maison de retraite expliquer internet à des personnes âgées, c’est l’occasion de transmission mutuelle de savoirs.
Véronique Van Espen, directrice de Télé-Accueil à Bruxelles (équivalent belge de SOS Amitié) parle de l’écoute par le tchat.
Certains ont besoin de parler au téléphone, d’autres ont besoin d’écrire : parfois les mots restent dans la gorge et l’écrit permet une distance, car le déroulement des échanges est plus lent.
Mais l’écoute est véritable et demande encore plus de disponibilité que le téléphone : c’est être présent à la personne en lisant éventuellement entre les signes et dans les silences. Quand l’appelant écrit : « je pleure », c’est très fort.
Une des conclusions de ce forum pourrait être que ces nouvelles technologies de communication et notamment le tchat et les forums, lorsque leur utilisation est correctement régulée, donnent la parole à des personnes qui ne la prenaient pas, et facilitent des rencontres trans-générationnelles.
Malgré le très fort investissement actuel des Français dans leur travail, ce travail est de plus en plus subi et maltraitant.
Plusieurs causes : les transports, le logement (1/3 des 150 000 sans abris travaillent), l’accélération des rythmes, la course effrénée au profit. L’entreprise ne se donne pas les moyens de traiter ces difficultés.
Le haut management est éloigné et ceux qui pourraient être les intermédiaires entre la direction et les salariés, souffrent aussi d’un manque d’efficacité : manque de médecins du travail, DRH absorbés par les tâches administratives et financières, délégués syndicaux en manque de représentation.
Pourtant l’écoute et l’empathie sont essentielles.
Mais l’écoute ne doit pas être uniquement bienveillante, elle doit être efficiente, elle doit traiter la plainte. Elle doit déboucher sur des actions.
Pour ma part, je crains que l’écoute ne devienne un marché.
Les directions proposent des services d’écoute, mais on peut se poser la question: sont-ils vraiment faits pour le salarié ? A qui profite cette écoute?
Je vois 3 causes actuelles de souffrance au travail: l’individualisation du travail au détriment du collectif, la fixation des objectifs non seulement sur les buts à atteindre mais aussi sur les moyens, ce qui entraine la 3ème cause la perte d’autonomie.
Il faut faire très attention: la cellule d’écoute psychologique ne doit pas devenir un prétexte pour éviter la critique de l’organisation elle-même.
Il faut non seulement que le salarié puisse être écouté mais il doit aussi pouvoir se révolter.
Je suis inquiet car on voit toujours dans l’histoire économique que les points culminants de la souffrance apparaissent 3 ans après les crises (ex 1929 et 1933).
Quand subirons-nous les conséquences de la crise de 2011? Une autre inquiétude vient du fait que les facteurs de protection diminuent : perte du lien social, perte du sens (quand un menuisier construisait un meuble, il savait ce qu’il allait obtenir, aujourd’hui le salarié coupe 300 planches dans sa journée sans rien savoir de leur destination) et enfin, accroissement du sentiment d’injustice : on reproche les fautes, on encourage trop peu les réussites.
Je suis d’accord sur l’accélération des rythmes mais j’ajouterai un autre point très important, la gestion à distance entraîne de l’abstraction, qui engendre à son tour de la violence.
Tous les outils de management (études de marché, contrôle de gestion, audit, reporting…) portent à accroître cette gestion à distance. Le management premier, celui de la grande entreprise, ne peut plus contrôler par sa présence. Depuis que je travaille sur l’univers des PME, je constate tous les jours que le management de proximité (que j’appelle le management second) est une des forces majeures de ces entreprises.
Un exemple : un dirigeant de grande entreprise parle de ses marchés, alors que le petit entrepreneur parle de ses clients ou de sa clientèle. Je dirai même que le management des PME est très souvent sensoriel. En revanche, dans la grande entreprise, il existe de vrais écrans entre celui qui prend les décisions et celui qui les annonce.
En PME, c’est le dirigeant qui fait tout à la fois d’où son fort sentiment de culpabilité, parfois source de très grande souffrance.
Pour pouvoir mieux connaître cette souffrance, il faut absolument créer un observatoire des suicides qui n’existe pas en France.
Les sources sont éclatées et personne ne les croise.
C’est l’objet de notre récent appel des 44. Sur les 11 000 (qui seraient plutôt 15 000) suicides en France, il faut savoir que
un suicide sur deux est la récidive d’une première tentative.
Il faut absolument mieux identifier ces suicides pour mieux les prévenir.
Je suis absolument d’accord avec cette démarche, mais j’ajoute qu’un salarié qui se suicide fait la une des médias, un artisan, un entrefilet.
La PME est la grande oubliée de notre temps. A noter aussi que le licenciement préventif n’existe pas en PME, c’est aussi le résultat d’une démarche très différente d’un petit patron vis à vis de ses salariés.
Il faut développer toutes les formes d’écoute.
Il faut développer une vigilance partagée.
L’exemple des salariés sentinelles au Canada a fait baisser le suicide de 30%. Il est important d’ajouter qu’il faut absolument faire la guerre à une grande idée fausse en management : le stress crée de la performance.
C’est une grave erreur, le stress ne stimule pas les salariés, il les détruit.
Je suis toujours sceptique sur la notion d’écoute en entreprise, car ceux qui agissent ne sont pas ceux qui entendent, quand bien même ils écoutent. Et ceux là ne voudront pas remettre en cause l’organisation.
Je crois beaucoup plus fortement à 2 pistes qui vont vraiment contraindre l’entreprise : la piste économique (les suicides coûtent chers) et la piste juridique (les entreprises commencent à être condamnées à des lourdes peines par les tribunaux).
En ce qui concerne la convivialité, il faut retrouver des espaces de temps qui lui seront consacrés.
Il faut retrouver du temps qui ne sert à rien… et qui pourtant, est essentiel.







