Quelle écoute possible pour ceux qui sont privés de libertés ?

Les trois intervenants se sont exprimés tour à tour sur différentes questions concernant leurs interventions singulières dans le milieu carcéral ; tous trois ont impressionné la salle par l’authenticité avec laquelle ils ont pu rapporter, chacun à leur manière et dans leur cadre d’intervention, ces relations de grande humanité qui se tissent avec ceux qui, pour un temps, se trouvent exclus de la société.

Pour chacun des trois, cette relation d’écoute avec un homme en détention est «vitale» (dans cet espace clos où cette population d’humains est souvent réduite à celle «d’acteurs de crimes». Dès le début de son emprisonnement, le détenu reçoit un livret qui lui fait faire connaissance avec les associations qui viennent en visite dans l’établissement de détention. La fréquence de ces visites et le nombre d’associations dépendra aussi de sa situation sociogéographique.

Roselyne Duhamel, psychologue clinicienne est responsable de la ligne Croix Rouge Écoute Détenus; ce service fut créé en 2000 au sein de Croix Rouge Écoute dans une convention avec l’administration pénitentiaire : dorénavant, dans toutes les prisons de France et à partir de toutes les cabines des établissements, les détenus peuvent appeler anonymement et gratuitement un écoutant bénévole qui les accueille et leur permet (sans que la conversation soit enregistrée par ailleurs) d’exprimer comme il le peut toute la souffrance liée à sa condition et à cet accident de vie. Il évoquera surtout les difficultés de la promiscuité, les problèmes familiaux avant et durant son incarcération, les déchirures de l’éloignement d’avec les siens. Il pourra lâcher sur ses émotions et sa fragilité qu’il doit enfouir quotidiennement dans la confrontation avec les autres où il faut jouer «au dur» éternellement. Certains souffrent de troubles psychiatriques et certains appels sont faits de mots incohérents voire délirants mais ce lien à quelqu’un qui apporte une écoute chaleureuse peut aussi alors apaiser.

Gilbert Ioos, représente la CIMADE et rend visite aux détenus étrangers pour régler avec eux le problème de leur statut sur le territoire ; la condamnation et l’emprisonnement les rend souvent expulsables, il importe alors de clarifier leur situation, d’établir un dossier après les avoir rencontrés souvent plusieurs fois. Le nombre de ces prisonniers étrangers (20%) tourne autour de 13000 et l’association se met en contact avec environ 2000 d’entre eux. Gilbert Ioos s’attardera sur la nécessité d’instaurer un climat de confiance, de supporter des temps de silence importants… pour que peu à peu la vérité se fasse et que son dossier soit valable. Il se permet de leur demander l’autorisation de prendre des notes (ce qu’ils acceptent en général) mais il dit aussi que quelquefois des choses plus lourdes s’expriment et qu’alors il faut suspendre son crayon. Lui aussi parle de l’importance d’une attitude d’écoute et d’empathie.

Félicien Mas Miangu est pasteur, après avoir travaillé comme architecte se chargeant de la réinsertion de jeunes détenus. Son statut d’aumônier de prison lui permet de rencontrer tout prisonnier qui le souhaite, de détenir les clefs et d’entrer dans les cellules. Ce statut régi par la loi du 9 décembre 1905 de la séparation de l’église et de l’état, implique que l’établissement pénitentiaire laisse au prisonnier toute possibilité de satisfaire aux exigences de sa vie morale et religieuse. Cette offre d’écoute et d’accompagnement pour chaque prisonnier qui le souhaite est presque plus importante pour M. Mas Miangu qu’un office religieux organisé par ailleurs. D’autres personnes (proches de la famille, surveillant soucieux de la santé d’un détenu) peuvent s’adresser à l’aumônier lorsqu’un détenu inquiète son entourage.
Le pasteur vient rencontrer le détenu qui le souhaite dans sa cellule et en général c’est à quatre détenus installés sur leur lit superposés qu’il a à faire. Le prisonnier souhaitant rencontrer le pasteur peut s’extraire avec lui de cette espace collectif, et l’accompagner dans un bureau à part. Il arrive cependant que peu à peu dans la chambrée, le besoin de cet accueil se fasse sentir et que la rencontre devienne collective.

«Quand nous arrivons dans ces lieux nous ne demandons pas: pourquoi vous êtes là?»
«Écouter ce qui n’est pas dit, sans interroger, donner confiance par notre présence ...»


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