Parole d’écoutante

Pour les 65 ans de S.O.S Amitié, nous sommes allés à la rencontre de Constance, écoutante de S.O.S Amitié Paris Île-de-France pour comprendre les raisons de son engagement, et les particularités de celui-ci.

Pourquoi êtes-vous écoutante à S.O.S Amitié ?

Je crois qu’il peut arriver un temps où l’on se sent prêt à donner son temps au bénévolat et pour moi cela correspondait avec la fin de mes études, en 2019.Je recherchais une cause en adéquation avec mes valeurs, ma maturité et les causes qui me tenaient à cœur.
Avec S.O.S Amitié, j’étais attirée par deux opposés :la proximité et la distance avec l’autre.

D’un côté, la proximité du téléphone, quoi de plus intime qu’un appel ? Faire entendre le son de sa voix et la confidence de ses propos me semblait constituer une proximité inédite.

D’autre part, la distance de l’anonymat, qui est une protection et qui me paraissait être tout à fait originale pour un engagement bénévole. Ni source d’appréhension, ni objet d’une curiosité mal placée, finalement le service rempli par l’association me semblait le plus nécessaire et le plus vrai possible.

Dès cet instant, j’étais convaincue – et je le suis encore, près de cinq années d’écoute plus tard – que l’anonymat et la confidentialité d’une discussion entre deux personnes, à l’abri des regards, peuvent apporter une aide immense et introuvable, nulle part ailleurs.

Est-ce que les appelants se confessent à vous, ou l’échange est-il d’une autre nature ?

Lorsque j’ai parlé à certains amis de mon engagement à S.O.S Amitié, ils m’ont rapidement dit que cette écoute pouvait se rapprocher de l’image que l’on a d’une confession, qui se matérialise par une loge dans laquelle, de part et d’autre d’une grille, une personne se confie à une autre.

Mais évidemment, par plusieurs aspects majeurs, l’écoute de S.O.S Amitié n’est pas du tout celle de la confession : tout d’abord parce que S.O.S Amitié est une association aconfessionnelle et n’aborde aucunement les notions de pardon ou de pénitence ; ensuite, il ne s’agit pas d’une écoute passive qui ne ferait que recevoir une parole mais plutôt d’une écoute active centrée sur l’autre, rebondissant sur ses propos et son attitude ; et enfin, le téléphone permet un quasi total anonymat tandis que l’on imagine bien que le prêtre puisse reconnaître l’un de ses paroissiens, même séparés d’une grille.

A travers le téléphone, seuls les mots et la voix transitent. Au moment de décrocher, et souvent pendant tout l’appel, on ne sait rien de l’âge, de la localisation, de l’émotion qui traverse la personne. La conversation se construit au fur et à mesure.

L’anonymat pour l’appelant et pour l’écoutant s’impose comme un devoir afin de protéger l’une et l’autre des personnes et donner la liberté de s’exprimer sans crainte, sans honte, sans timidité. Les premières minutes de l’appel sont donc essentielles pour permettre à l’appelant d’être en confiance et de comprendre que l’écoute lui est dédiée.

L’échange avec l’autre vous enrichit-il ?

Oui tout à fait, parler avec d’autres personnes est une expérience très riche. J’ai trouvé une phrase dans les archives de S.O.S Amitié qui résume bien ce qu’apporte S.O.S Amitié.

En 1962, Jean Casalis et Georges Lillaz sont invités à participer à l’émission de la RTF “Cinq colonnes à la Une”. Ce dernier, interrogé sur les raisons de son engagement, a répondu de la manière suivante : “Je fais ça parce que je suis un homme comme tout le monde, et qu’on a besoin de s’employer pour les autres. Et qu’il serait assez inadmissible dans la vie de ne s’occuper que de ses affaires. Je crois que la vérité de soi-même, c’est l’autre.Il suffit de voir ceux qui ne s’occupent que d’eux-mêmes, et le grand désespoir qui les frappe au bout de peu de temps”.

Cette explication me semble encore tout à fait d’actualité aujourd’hui.

Le lien se crée-t-il toujours avec l’appelant ?

Non, la “connexion” ne se fait pas toujours entre l’appelant et l’écoutant. Parfois, comme dans la vraie vie, la conversation “ne fonctionne pas”. Cela peut être une question d’intonation, d’attitude de l’un ou l’autre des participants à l’appel, de vocabulaire…

Il m’est arrivé d’avoir beaucoup de mal à mener une conversation avec une personne, pour une raison qui m’échappe. Je crois aujourd’hui que cela ne m’effraie plus, voire me rassure : un écoutant n’est pas une machine. Il peut lui arriver de ne pas parvenir à entamer une discussion pour diverses raisons et cela n’entache pas ses qualités d’écoute mais au contraire montre la nécessité de conserver une sincérité humaine qui ferait que, comme dans la vraie vie, on ne peut pas être ami avec tout le monde.